Archéologie en Ariège. Portrait d’un archéologue.

Portrait d’un métier de la culture
Frédéric Maksud, archéologue en charge du
département de l’Ariège, Service Régional de
l’Archéologie – DRAC Occitanie

Colporteur-Magazine-N13 page40-41   

Juin/Juillet/août 2021
Extraits:

Comment es-tu parvenu à exercer
ce métier ?
L’archéologie est une passion d’enfance. A 8 ans, lors d’un voyage familial en Dordogne, je suis tombé en pâmoison devant les coupes stratigraphiques du site préhistorique de Laugerie-Haute. J’ai trouvé ça superbe, les coupes faisaient plusieurs mètres de hauteur, avec des étiquettes partout, des silex et des os qui sortaient de tous les côtés : j’ai eu une révélation. Je me suis plongé dans tous les bouquins que je pouvais trouver sur l’archéologie préhistorique, adaptés à mon âge ou pas – ensuite, il ne s’est pas passé un anniversaire sans que je reçoive un livre sur le sujet.
Puis je suis entré au collège-lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse, et j’ai eu la chance d’avoir comme professeur de biologie Jean Delhon-Bugard, un homme passionnant, qui avait créé un club d’archéologie. Ses cours étaient d’un très bon niveau pour l’époque et il m’a donné des bases solides dès le collège ; j’ai fait partie du club jusqu’au bac.Dès l’âge de 15 ans, je profitais de mes vacances scolaires pour travailler comme guide dans des grottes ariégeoises comme Bédeilhac ou La Vache. Le conservateur, René Galy,
me laissait beaucoup de libre-arbitre pour construire des visites : il respectait complètement ce que je faisais et me permettait d’assumer mes hypothèses. Ce petit job m’a permis de rencontrer des mandarins de la préhistoire de l’époque, dont beaucoup se sont montrés très hautains : ces gens-là ne m’ont pas donné envie de poursuivre dans cette branche professionnelle quand le temps des études est venu. J’avais une seconde passion : la plongée sous-marine, et j’en ai fait mon métier. Mon intérêt pour les grottes m’avait aussi entraîné dès l’adolescence à faire de la spéléologie, à un bon niveau sportif – mais tout en progressant, je faisais toujours attention à ce qui traînait sous terre, je conservais ce petit regard archéologique. Vers l’âge de 36 ans, j’ai recommencé à faire de l’archéologie de manière plus active en participant en tant que bénévole à des chantiers de fouilles pyrénéens. Je faisais beaucoup de topographie en spéléologie et j’ai mis cela à profit sur les chantiers. À cette époque, j’ai eu de sérieux problèmes dans mon métier de technicien de plongée sous-marine et me suis retrouvé du jour au lendemain sans activité. J’ai survécu quelques années en enchaînant des petits contrats en spéléo et en archéo ; j’ai mobilisé mes diverses compétences, topographie, plongée souterraine, goût pour les travaux manuels, pour accepter tout ce qui se présentait : sécurisation et fermeture de grottes, réalisation de fac-similés, de moulages, relevés topographiques, une foule de petites spécialités qui m’ont permis de percer peu à peu dans le milieu (je faisais aussi plein de petits boulots alimentaires).
Je me suis lié d’amitié avec François Rouzaud, un spéléologue qui avait réussi dans l’archéologie et était devenu conservateur du patrimoine. Il m’a confié mon tout premier chantier de fouilles, une grotte sépulcrale de l’Age du Bronze dans le secteur de Balagué. En dirigeant mon propre chantier, de manière très investie (j’y ai consacré une année entière), j’ai beaucoup appris et j’ai réussi à me créer un réseau. Grâce à ce cumul d’expériences, j’ai pu travailler dans l’équipe de la grotte Cosquer et surtout dans celle de Chauvet, pour mes relevés topographiques. C’était bien beau d’être bénévole dans des grosses équipes comme à Chauvet mais c’était difficile financièrement. Jacques Joubert du SRA, qui avait apprécié mon chantier en Ariège, m’a pris sous son aile et m’a poussé à passer le concours d’État. Je n’avais pas le niveau universitaire, mais comme j’avais travaillé à Chauvet, Cosquer, Lascaux, j’ai obtenu une dérogation. 400 inscrits, 8 places à pourvoir, mais je n’avais rien à perdre, c’était la chance de ma vie : j’y suis allé remonté à bloc, devant un jury de 12 archéologues d’envergure nationale, et j’ai été reçu comme chargé d’études au SRA en 2002. Le rêve inespéré !
J’ai été chargé du suivi du territoire des Hautes-Pyrénées, pendant 13 ans. Depuis quelques années je m’occupe de l’Ariège, ce qui est mon immense plaisir – j’ai grandi dans un petit village à 1000m dans les vallées ariégeoises.

Extrait2

J’ai aussi une mission pour contrer le pillage archéologique, notamment  contre le détectorisme, dit à tort de loisirs. Ce n’est pas forcément une lutte de rétorsion, je tombe beaucoup sur des gens qui ne connaissent pas la loi, n’ont pas conscience des  problèmes qu’ils peuvent créer, qu’ils sont dans l’illégalité. Même si je suis
assermenté et que je peux dresser des PV, j’essaie plutôt de les remettre dans le droit chemin. C’est un problème récurrent, on a pas mal de soucis de pillages de grottes, avec ou sans détecteurs, notamment de vestiges paléontologiques comme des ossements d’ours des cavernes. Ça inclut aussi d’aller visiter des sites régulièrement, de faire des bilans sanitaires, de vérifier si quelqu’un est passé.